03 août 2009
~ L'impossible inconnue ~ Chapitre 1 * 03/08/09 *
“ L’impossible inconnue ”
* Roman-ce d’un test-amant *
~ Chapitre 1 ~ Quatrième et dernière partie
Certains voient la sensibilité comme un défaut. Ils jugent le fait de pleurer comme étant une marque de faiblesse. Pourquoi ? Parce que les émotions s’expriment sans retenue ? Une manifestation émotive un peu plus prononcée que la moyenne attire l’attention, voir même la stupéfaction. Qu’y a-t-il de si incroyable dans le fait d’avoir cette perception des choses innée à laquelle se sont rajoutés des événements larmoyants ? Difficile en tout cas de faire régresser ce que certains voient là comme un défaut. Pourtant, cette sensibilité me permet d’ouvrir les yeux et d’aborder un regard différent sur l’intimité voilée de ce monde ; ces sourires qu’on banalise, ces pleurs qu’on ignore et ces cris qui exaspèrent. Il me semble que la sensibilité est avant tout un don, sans aller pour autant jusqu’à prétendre que ce soit une qualité. Un don n’est t’il pas la faculté de percevoir ou de faire quelque chose que le commun des mortels, sous entendre la majorité des gens, est incapable de faire ? J’entends par là qu’il m’est impossible d’ignorer la moindre expression d’un visage qui n’aura fait que flirter avec mes rétines. Entre fascination et dégoût, le regard suscite en permanence des émotions, souvent bénignes, parfois touchantes et en de rares cas… troublantes. Pas une seconde, pas une seule âme ne peut échapper à cette sensibilité, de ces enfants qui errent tout seuls sans que l’on sache à qui ils sont jusqu’à ces inséparables personnes, qui sont deux, parfois plus et qui ne semblent pas faire partie du même monde, ignorant la foule qui les entoure. Sans oublier ces silhouettes qu’on ne voit que de dos, dont on ignore tout, ou presque, y compris leurs visages. Leurs profils pourront apparaitre mais il n’y aura généralement que les longs cheveux d’une femme pour représenter sa personne, sa beauté. Les cheveux… Certainement l’un des détails qui m’extasie le plus. Puis il y a la sensibilité sentimentale. Celle qui fait de certains sensibles des amoureux féeriques, dépassant la fiction d’un conte de fée en s’avérant être humain et non pas un personnage dans un livre aux pages froissées par le temps. L’amour des bouquins n’as rien à voir avec lui. Pas d’eau de rose, pas de comédie ni de lever de rideau. Rien d’artificiel, au point qu’il est en droit de se demander s’il ne vient pas d’une autre planète. Son amour est indestructible, extrêmement sincère. Il ne sur joue pas ses déclarations, les fleurs sont une moindre manifestation pour lui et s’il le pouvait, c’est la lune qu’il irait décrocher. Il est inutile d’attendre de lui une infidélité, pas même le plus minime égarement. Mais cet amour est à double tranchant. Si son cœur est brisé par son élue, il est capable de se laisser mourir, de cesser de vivre. Non, il ne se donnera pas la mort car le sensible a toujours au fond de lui de l’espoir. Et puis mourir par amour, c’est trop cliché. Il n’offrira plus son sourire, il ne mangera plus, il ne dormira plus. Il souffrira tellement que n’importe quelle douleur physique sera agréable à coté de cela. Il saignera de l’intérieur, ne broyant que le noir ténébreux qu’offre le monde dans lequel, malencontreusement, il sera retourné. L’idylle qu’il aura connu aura cessé et ses pieds auront retouché terre brutalement. Sa destinée l’aura quitté, emmenant avec elle les ailes qu’elle lui avait offertes. Voilà ce qu’il en est.
C’est à présent dimanche. Parmi les jours de la semaine, c’est pour beaucoup celui qui ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à récupérer de la semaine écoulée. Les adeptes du lèche-vitrine sont lésés et il ne reste que quelques manifestations de vie au sein de la commune. Qu’il fasse beau temps ou non, la majorité des gens vont privilégier le petit écran ou les repas de famille qui occuperont l’après-midi entière. En soi, c’est le jour idéal pour les agoraphobes de mettre le nez dehors étant donné que ce jour à été déclaré enfermement national. Cela ne m’empêche pas de marcher sur les trottoirs dégagés de l’allée principale du centre ville. Il fait toujours très froid mais la pluie ne s’est pas invitée. Après tout, c’est dimanche pour elle aussi. Vu l’heure assez matinale, un chocolat chaud s’avère idéal pour accompagner cette promenade assez rude. A l’intérieur du café, on trouve toujours les mêmes habitués qui parlent du dernier résultat sportif de leur équipe ou qui parlent de leur dernière mésaventure avec leur bagnole. Bricolage, sport, voitures et nanas. Si le chocolat m’apporte un peu de chaleur, ce n’est pas le cas de ces bavardages qui me semblent totalement abstraits et soporifiques. Sur la place de la mairie, il ne devrait y avoir que la petite brise pour me taquiner les oreilles. Effectivement, une fois assis là-bas, les yeux levés vers le ciel, un silence s’installe pour quelques secondes, avant qu’un motard ne fasse vrombir son moteur devant trois personnes, comme s’il venait de faire un exploit sur son deux roues. Le chant des oiseaux est discret en cette saison, quelques piaillements cependant semblent annoncer l’arrivée d’une autre personne dans les alentours. Abaissant mes yeux pour le constater, la silhouette lointaine me semblait familière. C’est elle. C’est cette jeune demoiselle. Elle s’approche et, un livre à la main, s’assied sur un banc à portée de ma vue, trop éloignée néanmoins pour que je puisse distinguer le nom de sa lecture. Elle tient de nouveau un mouchoir à la main. Est-elle malade ou est-ce ses larmes qui s’expriment ? Elle se plonge dans ce qui semble être un roman assez court. Je la regarde, me souvenant de ma promesse de ne pas détourner les yeux si elle venait à regarder vers moi. Elle ferme son livre. Déjà ? Non, elle prend juste un mouchoir et semble essuyer des larmes. Je lis sur son visage cette même tristesse déjà aperçue la première fois. Elle regarde dans le vide et fouille dans son sac nerveusement. Elle sort une cigarette et l’allume. C’est l’air dépité que j’assiste à cet embrasement sur ses lèvres. Cette coutume humaine qui consiste à tenir une clope au bec me rend malade. C’est le signe manifeste d’une négligence de sa propre vie, et occasionnellement de celle des autres. J’ai conscience d’avoir un esprit relativement étroit à certains moments mais cette jeune fille si intrigante semble se perdre au milieu des cendres. Pourtant, l’acte de fumer dégage une sensualité et un charme qui ne me laisse pas indifférent. C’est une éternelle contradiction. Ce gestuel à quelque chose d’envoutant, de provocant, flirtant dans mon esprit avec l’arrogance du fantasme. Elle se tourne en ma direction et semble m’apercevoir, peut être même me reconnaitre. Elle semble se sentir gênée, ses sourcils s’étant recourbés et son air évasif. A partir de ce moment, elle ne tirera plus sur sa cigarette qui finira écrasée sur le sol à moitié consumée. Elle ne semble pas faire partis de ces accros qui sont dépendants à la nicotine ou qui fument pour se créer une évasion nauséabonde. Elle semblait simplement fumer par dépit, comme pour combler un manque ou tenter d’échapper à une réalité qui ne lui offre que la morosité.
Nos regards s’entrecroisent à présent, tandis qu’elle à rouvert son livre et qu’entre deux pages, un furtif coup d’œil s’adresse vers moi. De mon coté, mon stylo tremblote sur ma feuille de papier encore vierge de mots, représentant juste le tracé d’un sismographe. Si je ne fais rien, elle m’échappera de nouveau. Et il me semble improbable de pouvoir la croiser de nouveau. Le monde est si grand, et l’opportunité de le voir si petit aujourd’hui semble être une chance, une faveur, un signe… Ou bien suis-je en train de divaguer de nouveau. Comment l’aborder ? Vais-je aller vers elle et lui demander l’heure ? Une direction ? Un renseignement ? C’est ridicule et trop stéréotypé. C’est dans ces moments là qu’il est en droit de se demander comment est-il possible d’aborder une personne inconnue qui suscite notre curiosité, pire encore, notre admiration. Oui. Il se passe quelque chose dans mon estomac, un bouleversement… Une boule au ventre est l’image que l’on se donne, mais peut être est-ce un cube après tout ? Quoi qu’il en soit, dans quelques minutes si je ne fais rien, elle s’en ira. La crispation et l’appréhension l’emporte sur la prise d’initiative cohérente, ou incohérente. Elle referme son livre, certainement achevé, et semble se questionner. Elle sort un crayon et déchire l’une des pages de ce qui semble être un agenda. Quelque secondes plus tard, elle se relèvera pour repartir, laissant tomber derrière elle ce morceau de papier et esquissant un léger sourire embarrassé que je distingue sur son profil. Pourquoi a-t-elle fait tomber cette page déchirée ? Dois-je aller la ramasser ? Je me relève pour aller la chercher, avant que le vent ne l’emporte plus loin. Une fois dans mes mains, tandis que la jeune fille est déjà au loin, quelques mots se révèlent sous mes yeux ébahis : « 22h00 - Café de la romance ».
* Fin du premier chapitre *
28 juillet 2009
~ L'impossible inconnue ~ Chapitre 1 * 28/07/09 *
“ L’impossible inconnue ”
* Roman-ce d’un test-amant *
~ Chapitre 1 ~ Troisième partie
Est-ce l’endroit où elle vit ? Une destination pour rejoindre quelqu’un ? Voir une amie ? Un amoureux ? Ou bien va-t-elle travailler ? Les questions s’accumulent jusqu’à ce que ma destination me stoppe dans mon élan. Il me faut descendre du train avec une tristesse prononcée. Je me trouve au beau milieu d’un parc à présent. Les fleurs sont rarissimes en cette saison mais certaines bravent avec courage la rigueur de l’hiver. Les arbres quant à eux se sont mis à nus, en laissant à leurs pieds leur fourrure estivale. L’automne les a déshabillés pour qu’ils retrouvent leur splendeur d’ici quelques mois. Un cycle de vie qui doit être frustrant. Pendant une moitié de l’année, l’arbre s’épanoui et ébloui les plus contemplatifs. Le reste du temps il voit perdre son aura et devenir fade et terne. Ses feuilles se détachent sans qu’il puisse les retenir, comme une fatalité imposée par les grands maitres des saisons. Puis il devra se montrer patient pour que les premiers bourgeons apparaissent. Que va-t-il faire pendant près de six mois ? Il ne pourra plus faire d’ombre au soleil, il n’abritera plus autant d’oiseaux, ses branches ne feront plus apparaitre le paysage comme étant verdoyant. Non, au lieu de cela ce sera sinistre. Au point même de ne plus attirer un modeste photographe qui aurait pu s’en accaparer le temps d’une fraction de seconde. Il faudra attendre et espérer que ces centenaires aient encore assez de ressources pour faire pâlir ses congénères, parmi lesquels se trouvent les conifères. Les sapins ne connaissent pas cet état d’âme. Ils restent verts toute l’année, perdant tout au plus leurs épines agaçantes. Mais ils n’ont pas la même histoire, ils mènent une vie bien trop communes pour susciter l’émerveillement. Sur cette Terre, les sapins ne servent qu’à décorer le salon des humains pendant deux semaines tout au plus. Evidemment, ce n’est pas ce que je crois être le meilleur pour eux. L’homme est un bûcheron irrespectueux. Les conifères restent des arbres respectables, même s’ils ne suscitent pas la même admiration. Et à force d’observation, les interrogations revenaient au sujet de cette végétation : Ont-ils une âme ? Connaissent-ils le sentiment d’aimer ? Ressentent-ils des choses ? J’ose espérer pour eux que non. Vivre dans l’insouciance est certainement le plus beau cadeau que puisse leur faire Mère nature.
Trois heures ce seront écoulées et la seule compagnie de la nature aura suscité mon intérêt au point d’en faire une longue dissertation. Je reprends le train afin de retourner dans mon nid. Etrange métaphore quand on y pense, puisqu’il me faut quitter ce parc pour ce faire. Qui plus est, mon « nid » est entouré de murs de béton et n’est nullement mon œuvre. Les oiseaux ont ce don prodigieux de faire leurs nids avec une rigueur exemplaire. Ils sont d’une solidité redoutable alors que ce sont de simples brindilles entremêlées à la perfection. Il m’est arrivé d’en croiser d’assez près, c’est tout bonnement prodigieux. Et tandis qu’ils volent de leurs propres ailes, je dois encore dépendre des « prouesses » humaines pour assurer mes déplacements. Ce convoi de voyageurs ne m’inspire pas confiance, non pour ce qu’il est, car cet engin semble presque inébranlable, mais pour l’ambiance lugubre qui peut y régner. Tous ces gens décris précédemment sont encore là pour la plupart. Pour changer, je me mets dans la peau de celui qui observe par les fenêtres éraflées. Il n’y a rien à voir. C’est insipide. Mieux encore, ça me révolte. Car où que l’on puisse être, il est impossible d’échapper aux graffitis. Certains seront artistiques et égayerons le paysage, mais ceux là sont si rares que les apercevoir tiens du miracle. Les plus courants seront les tags, ce langage barbare sortant d’on ne sais où et qui se targue d’être une signature personnelle de on ne sais qui. A chaque pan de murs, parfois sur les immeubles et les maisons, sous les ponts ou sur une affiche, à ras du sol ou même dans un endroit qu’on imaginait inaccessible… Ils sont partout et ça m’exaspère en permanence. Même l’homme des cavernes, dans la mythologie inventée par l’homme bien sûr, semblait plus évolué en ce qui concerne le langage murale. De retour enfin chez moi, je constatais qu’une fois encore mon père regardait la télévision dans le salon tandis que ma mère semblait s’isoler dans la cuisine pour feuilleter l’un de ces nombreux bouquins qui ne parle que d’amour niais et insipides. L’ambiance dans l’appartement n’est pas très chaleureuse. Et va très vite flirter avec l’exécrable. Voir l’insupportable. Cette soirée n’échappera pas au rituel des couples brisés. Un moindre prétexte est toujours à l’affut de part et d’autre, comme si le devoir conjugale consistait à entretenir un flux permanent de disputes. Au fil des mois et des années, elles ont même gagné en intensité, se targuant même d’être plus violentes. Au milieu de tant de haine, j’ai clairement du mal à trouver ma place, essayant par moment de mettre un terme à leurs chamailleries infantiles. Ce sera peine perdue. Le mieux à faire sera encore de m’enfermer dans ma chambre, la porte fermée à clé. La musique s’avèrera bien souvent indispensable pour masquer les cris et les insultes. Comment est-ce possible d’en arriver là ? Dois-t’on y voir de l’amour là-dessous ? Ces questions certes pertinentes ne trouveront pas de réponses. Je rumine plutôt d’avoir échappé à cette jeune fille. Pour relativiser cette hantise, la promesse de ne plus détourner les yeux m’apparait comme un bon compromis, pour autant que je puisse la revoir. Seulement trop de choses m’échappent…
Quelques jours se sont écoulés et je reviens bredouille de mes courtes balades. Des visages familiers qui ne suscitent que monotonie. De grises mines, des rictus abstraits et des sourcils abaissés. Quelques grimaces d’enfants naïfs qui ne savent pas encore que le monde qui les entoure les dévisagera sans qu’ils aient à le faire. Aujourd’hui, je ne mets pas le nez dehors, profitant ainsi de la paix qu’il règne entre ces quatre murs. Mes parents sont absents. L’un est au travail, l’autre chez une amie. Je n’ai ni l’un, ni l’autre. Depuis quelques semaines, je dois faire preuve de patience et de détermination pour réintégrer la société sous le biais d’un emploi. Je suis temporairement exclu du système social, ce qui me permet finalement d’avoir le recul nécessaire pour me trouver une place appropriée, souhaitant travailler au contact des gens, aussi paradoxale que cela puisse paraitre, afin d’observer le monde sous un angle plus impliqué, moins frustrant aussi. Le contact restera certes éphémère mais à l’avantage d’aboutir à un échange plus vivant et moins distant. Le paradoxe ? C’est évidemment une place inexistante au sein de cette même société, pire encore, un sentiment de malaise… Concernant l’amitié, rien n’est plus amer. Entre trahison et ignorance, j’ai de quoi penser que les relations humaines ne sont pas faites pour moi. Il me reste bien quelques personnes de confiance mais elles ont intégré la société, n’ayant plus une seconde à eux et irrémédiablement pour moi. Quant à la distance, elle s’impose parfois comme une fatalité à laquelle il est impossible de s’opposer. Et quoi qu’on en dise, la distance amène avec elle une amertume profonde : la privation du contact. Il ne reste que les moyens dits modernes pour garder un lien, une correspondance. Mais où se trouve la chaleur humaine dans un email ? Est-ce que l’ordinateur me permettra un jour de prendre quelqu’un dans mes bras ? Non. Le téléphone me permet-il de tenir la main à quelqu’un ? Non. Des mots, une voix ou une image mais l’essentiel n’est pas là. Est-ce en demander trop que de vouloir sentir l’odeur de quelqu’un ? De toucher ses mains ? D’être accompagné « pour de vrai » pour la promenade la plus banale qui soit ? En cette soirée hivernale, où le ciel gris prédomine sans vergogne, la solitude m’habite tandis qu’il pleut sur mes joues…
24 juillet 2009
~ L'impossible inconnue ~ Chapitre 1 * 24/07/09 *
“ L’impossible inconnue ”
* Roman-ce d’un test-amant *
~ Chapitre 1 ~ Seconde partie
Désemparé, je me pose sur le premier banc venu, celui situé en parallèle de l’avenue principale. De là, je vois la foule marcher telle des robots programmés pour atteindre leurs destinations. Ils ont sûrement pour la plupart quelques billets à dépenser et c’est les commerçants qui se chargeront de vider leurs poches sans état d’âme ni abus de conscience. « Le client à toujours raison » diront les plus philosophes, alors que c’est simplement l’être humain qui se rend dépendant d’un tas de choses superflues et qui se montre consentant à la dépense facile, voire impulsive. Ceux qui ont les mains vides sont inexpressifs, les autres, avec quelques sacs contenant leurs emplettes laisseront un sentiment d’autosatisfaction qui ne sera que temporaire. J’éprouve une lassitude à rester là. Je rentre sous une averse qui, comme bien souvent, n’as prévenue personne de son arrivée impromptue. Une fois de retour sous ma bulle, à l’abri de cette incessante pluie battante, la jeune fille du banc refait surface dans mes pensées. Cela m’est arrivé bien souvent de croiser un regard, de le suivre durant quelques secondes, parfois quelques minutes et de finalement devoir abandonner cette personnalité sur le bord d’une route, celle-ci se dirigeant vers la direction opposée ou disparaissant derrière une porte close. J’ai souvent eu ce désir d’aller vers les gens ne serai-ce que pour entendre leur voix. Par « gens » j’entends la gente féminine, non pas par arrogance mais parce qu’une femme est à mes yeux bien plus intrigante, plus fascinante que n’importe quel homme. Ce qui est masculin ne me sensibilise pas, ne m’inspire rien, me laisse totalement indifférent. Suis-je féministe ? Non. J’admire juste la femme pour ce qu’elle est, à savoir ce que la Terre à de plus beau à offrir. Enfin pas toujours…
Un beau jour, on reçoit on ne sait comment un cadeau. Représentons-le par un ange tombé du ciel, métaphore très courante chez les amoureux utopistes. On s’efforce de se montrer exemplaire, courtois et de gagner ainsi la confiance de l’autre. Cet ange s’avère être la plus belle chose au monde qui soit. Au point de pouvoir sacrifier sa vie pour la sienne (notez bien l’incohérence avec la métaphore de l’ange). Ce qui apparait là comme une histoire d’amour frôlant la perfection n’est en fait qu’une illusion prolongée. Parfois nous en sommes avertis, et quelquefois non. On n’envisage pas une finalité à toute relation qui commence. Encore moins lorsque qu’elle perdure durant quelques années. Pourtant, la vie m’apprendra quelques temps plus tard que rien n’est acquis et que, du jour au lendemain, un ange peut devenir le plus effroyable des démons. C’est ce qui me fait dire que derrière cette admiration règne aujourd’hui une appréhension bien involontaire. Amour et amitié n’ont jusque là pas été mes plus fidèles compagnons. Le ressassement du passé m’arrache encore quelques larmes, tandis que la luminosité du soleil s’amoindrie, signe d’une journée qui est sur le point de s’achever. La soirée s’enrichira d’un vide intense. La mélancolie, elle, me tiendra éveillé jusqu’au milieu de la nuit…
Aucuns bruits. L’insupportable sonnerie du réveil n’est pas à l’ordre du jour, si bien que la matinée s’est volatilisée au travers de rêves si éphémères qu’ils ne sont déjà plus en mémoire. Recroquevillé sous la couette, je gémis lamentablement. Pour surmonter un comportement alarmiste, la musique est certainement le remède le plus pertinent. Jugeant qu’il est temps pour moi d’aller mener bataille, j’entreprends d’aller vers des horizons plus lointains. Je me lève et décide d’aller prendre le train. Sur le quai, quelques personnes attendent de pouvoir s’installer sur ces sièges souvent marqués par le passage de milliers d’autres passagers. Le trajet sera long, assez pour avoir le sentiment de voyager. Impossible cependant de considérer cela comme une perte de temps. Le train est une mine d’information et de découvertes. Inconfortablement installé, mes yeux se tournent vers le moindre détail. Sur le quai traversent les éternels frimeurs, avec une mèche rebelle, une tonne de gel et une dégaine à la mode. Cette fameuse allure qui laisse penser qu’ils dansent vulgairement en marchant. Le train s’apprête à partir tandis que les habituels retardataires se précipitent pour tenter d’infiltrer l’une des portes automatiques qui ne sont ouverts que par la force d’un bras ou d’un pied coincé entre les portières. Heureusement qu’un signal automatique les auras prévenus. Viens ensuite les généralités. Dans un même parcours il est très courant de croiser les même types de personnes, pour peu qu’on y prête une moindre attention. Pour commencer, il y a ceux qui écoutent leur musique si forte qu’on croirait voir un dérivé moderne de ces gens qui, à l’époque, se baladaient avec un poste de radio sur les épaules. Un partage pas vraiment souhaitable mais ces derniers feront la sourde oreille au mécontentement des autres, et pour cause. Ensuite, il y a les « transpirants » qui s’accommodent très mal de leur propre odeur et font part d’une mine crispée au dessus d’auréoles prononcées. Le plus courant est encore ceux, dont je fais partie, qui gardent leur téléphone portable en permanence dans la main, dans l’attente inespérée d’un signe de leur entourage. Les plus nerveux tripoteront les touches pour envoyer certainement le message qu’ils espéraient recevoir. Changement d’horizon avec les rebelles assidus qui n’aiment pas s’assoir comme tout le monde, parlent fort et s’exhibent avec un look volontairement provocateur. A l’opposé d’eux mais sur un ton aussi déplacé, il y a les amoureux impudiques qui se roulent des pelles plus qu’ils ne s’embrassent, signe manifeste qu’ils s’autoproclament unis par la salive plus que par les sentiments. Vient ensuite l’insatisfaite chronique qui, à la moindre occasion, trouveras le moyen de râler et d’offrir un visage nerveux et crispé. A ses cotés, il y a le faux pensif qui admire le paysage attentivement alors qu’il emprunte ce trajet tout les jours de la semaine depuis des mois. La cultivée et son opposée sont assez faciles à trouver ; l’une a en sa possession le dernier magazine « peoples » qu’elle lit avec une rare concentration, tandis que l’autre entame son nouveau livre de chevet, aussi épais qu’un dictionnaire. Mais quand l’une d’elle à les yeux rivés sur des images insignifiantes, l’autre a la tête trop baissée pour être en position de lecture. A ce propos, ceux qui n’ont pas pris la peine de se coucher à une heure raisonnable ou qui sont manifestement victimes d’insomnies ou de surmenage sont vite repérés. Ce sont ceux qui se réveilleront après avoir raté leur arrêt. Pendant que le silence sera l’unique manifestation de certains voyageurs s’ajouterons à eux les sempiternels bavards qui se complaisent dans leurs conversations et qui n’auront pour auditoire que de vagues tympans distraits. Enfin, il y a ceux auxquels on n’échappe pas. Les mendiants du train qui viennent déposer le célébrissime bout de papier nous avertissant qu’ils ont deux, voir trois enfants et qu’une petite pièce les aideront à manger et à vivre. Des chaussures de marques et autres bijoux viendrons trahir la plupart d’entre eux. Pour palier à cette maladresse, il est désormais coutume de se faire accompagner par un jeune enfant, entrainé dur pour qu’il nous serve sa grise mine de comédien. Alerter l’opinion publique et sensibiliser davantage ceux qui sont près de leur argent, en voilà une idée lumineuse. Un peu d’ironie s’installe en moi tandis qu’un bout de papier s’est installé près de moi. Il suffisait d’en parler pour le voir arriver. Le train ralenti puis se stoppe en pleine voie. L’atmosphère se crispe et le temps semble suspendu. Quelques-uns regardent l’heure, certaines femmes en profitent pour affiner leur maquillage. Oui, car une femme à tout ce qu’il faut dans son sac à main. J’ai d’ailleurs toujours été curieux de voir le contenu d’un sac à main. C’est l’occasion parfaite d’en apprendre un peu plus sur leur propriétaire. Du maquillage insinuera un peu de superficialité, des mouchoirs en papiers un nez encombré ou des larmes faciles. Un stylo ? Une âme d’écrivain peut être. Un portefeuille, un bouquin, une peluche, un trousseau de clé, un parapluie, un téléphone portable, un lecteur de musique… Une vraie caverne aux merveilles… ou pas. Le train est de nouveau reparti et s’apprête à arriver dans la prochaine gare. Je descends deux arrêts plus loin. Mon regard, jusque là tourné vers une personne assez singulière, se bloque. Derrière la fenêtre du train, une silhouette. C’est elle ! La demoiselle du banc, oui c’est elle j’en suis sûr ! Je me lève sans réfléchir, sans savoir que ce n’est pas ma destination, que descendre serait une pure folie. J’agis de façon presque inconsciente, si bien que je ne m’aperçois pas du retentissement de la fermeture des portes. Trop tard, les portes se referment et le train redémarre…
21 juillet 2009
~ L'impossible inconnue ~ Chapitre 1 * 21/07/09 *
“ L’impossible inconnue ”
* Roman-ce d’un test-amant *
~ Chapitre 1 ~
Ce soleil qui m’ébloui au point de me tirer du sommeil est-il une illusion ? Lui qui habituellement ne se lève pas avant le printemps est en train d’éclairer ma chambre avec une certaine indiscrétion. De toute façon il était temps de descendre de mon petit nuage pour mettre les pieds sur Terre. Le réveil est une lutte sans merci pour concilier le bienfait d’une évasion nocturne face au retour à la réalité. Mon premier réflexe est de tourner la tête afin de regarder si quelqu’un dort auprès de moi. Toujours pas. La seule à être là est cachée sous un amas de couvertures. Elle se prénomme Princesse, de la race des félines. Son statut de noblesse n’autorise personne à l’approcher de trop près. Pas même moi. Ses grands yeux fascinants semblent être son seul moyen de communiquer. Je devine qu’elle me réclame à manger. La luminosité matinale lui a ouvert l’appétit, c’est certain. Je m’empresse aussitôt de lui servir son festin tandis que la sensation de faim semble m’avoir encore ignoré. Je me décide néanmoins à prendre le petit déjeuné. Un bol de céréales trempées dans du lait. Comme d’habitude. C’est d’une telle banalité qu’il en ressort un goût amer évoquant la lassitude. Aucune saveur. Si seulement je pouvais partager des tartines beurrées préalablement chauffées au grille-pain, avec sur la table tout un tas de pots de confitures, des brioches et autres pâtisseries affriolantes. Cela doit être plaisant d’avoir une présence en face de soi. Je l’imagine avec ses yeux endormis et sa voix légèrement éteinte. C’est charmant je trouve. J’imagine souvent une vie différente de celle que je mène. Une vie à deux, dénuée de solitude. Je ne parviens décidément pas à me détacher de mes rêves…
Quelque chose me reviens. Il me semble avoir fait un rêve assez étrange avec une jeune fille sur un banc. J’ai un doute. Cela n’a rien de fictif bien que la situation soit aussi troublante qu’un songe merveilleux. Tandis que je regagne ma lucidité au fil des secondes, j’arrive à présent à me souvenir avec une rare justesse ce qu’il s’est produit. Cette fille était bel et bien réelle, la confusion venant du fait qu’elle s’est certainement glissée jusqu’à l’un de mes rêves. Les traits de son visage sont marqués par ces larmes qui coulent. Fatalement, j’ai été sensible à son chagrin. Ses longs cheveux voilaient une partie de son front et sa joue droite. Elle avait au dessus de sa lèvre supérieure un grain de beauté… ou bien était-ce une tache de chocolat. Et lorsque ses yeux se sont braqués sur moi, un fragment de seconde m’a suffit pour y lire une partie de son personnage. Ou bien est-ce mon imagination. Seulement la peur a pris le dessus et j’ai été incapable de l’admirer plus longtemps. Entre la frustration et les remords, mon cœur balance. Elle semblait différente… L’estomac débordant de ces stupides céréales me fait divaguer. Je me lève et, les yeux baissés, regarde le sol. J’ai pourtant bien les orteils qui touchent le sol.
Après cette intense dissertation qui ne mènera nulle part, je m’en vais regarder par ma fenêtre. « Il semble évident que je ne la reverrai pas » suis-je en train de me marmonner. Il y a tant de regards éphémères dans notre quotidien que les chances sont infimes. Le ciel est de nouveau grisâtre. Mes futiles réflexions ont été plus efficaces que la danse de la pluie. Il pleut. Pas un bruit. Le silence me file la chair de poule. Seule Princesse fait un léger bruissement. Elle est si discrète qu’il faut la voir pour croire qu’elle existe. Je me tourne les pouces et hésite entre deux choses : vivre ou faire semblant de vivre. Jusque là, j’ai pour habitude d’être transparent, à peine perceptible aux yeux des autres. L’ignorance est l’un des attraits principaux de la solitude. Le premier prix de tout être qui passe au dessus de sa vie. Nous sommes vendredi, fin de semaine pour certain, début du week-end pour d’autres. Pour moi, c’est un jour comme les autres. L’un des derniers de l’année. Une année qui m’aura de nouveau fait défaut. Une année de trop, inutile et qui retrouveras les précédentes dans le coffre aux mauvais souvenirs.
Mes lamentations m’exaspèrent, au point que ni le vent, ni la pluie ne me privera de sortie. Un coupe-vent sur le dos, je décide de m’aventurer dans le monde extérieur. Je quitte ma bulle qui, certainement constitué d’un savon bas de gamme, était sur le point d’exploser. Les rues sont vides de gens. La plupart sont au travail, les autres devant leur télévision. C’est jour de marché et, comme d’accoutumé, ce sont les personnes âgées qui bravent le mauvais temps pour faire leurs emplettes gastronomiques. Au milieu de cette foule on me remarque plus aisément, suscitant l’interrogation autour de moi. « Qu’est ce qu’un jeune homme peut bien faire ici ? » doivent t’ils se dire. A vrai dire, à défaut d’observer les gens, je m’extasie devant l’explosion de couleurs qu’offrent la multitude de fruits. Les gens sont peu bavards aujourd’hui, me privant ainsi de l’actualité de la veille. Les gouttes de pluie ne cessent de tourmenter ce caniche qui n’a certainement jamais voulu sortir avec ce temps de chien. Quoique. L’un des marchands s’adresse à moi, m’incitant à lui acheter ses belles poires. Il ne se doute pas que je n’apprécie pas ce fruit. Je lui adresse un sourire forcé par politesse. Soudain, une silhouette familière m’apparait sous les yeux. Une jeune femme, cheveux longs, à plusieurs mètres de moi et le dos tourné. Je presse le pas en sa direction, manquant de glisser sur la chaussée détrempée. Je manque de la perdre de vue lorsque je m’aperçois, quelques mètres plus loin, qu’il ne s’agit pas d’elle…
19 juillet 2009
~ L'impossible inconnue ~ Prologue * 19/07/09 *
“ L’impossible inconnue ”
* Roman-ce d’un test-amant *
~ Prologue ~
Le temps est maussade et une pluie fine se disperse ici et là, rendant ainsi les trottoirs glissants. Nous sommes en hiver. Le gris des nuages impose son égoïsme habituel, laissant le soleil en arrière plan pour lui donner un teint plus ténébreux. Je l’ai tout de même vu, il y a de cela quelques jours, lorsqu’un cumulus plus courtois m’a laissé l’entrevoir. Il était toujours aussi resplendissant. Presque aveuglant. Puis il a disparu. Je l’attends encore, derrière ma fenêtre. Inlassablement.
Depuis plusieurs mois, j’observe les alentours avec une vive intensité. J’avoue par exemple être curieux de voir si le nombre de sourires croisés dans la rue sera plus important que les regards emplies de mélancolie. A vrai dire, il n’y a pas eu un seul jour sans que la joie ait pris le dessus, la tristesse émanant des gens étant omniprésente. Rares sont les personnes qui exposent avec plus ou moins de fierté un bonheur sans failles. Le quotidien est parsemé de troublantes personnes qui offrent généreusement leur chagrin à quiconque les croiserons du regard.
J’enfile mon manteau pour aller faire un tour. J’éprouve le besoin de satisfaire cette insatiable curiosité et décide par la même occasion de fuir mon éprouvante solitude. Au cours de ma traversée, légèrement humide je dois admettre, j’entends les chuchotements des âmes esseulées, les cris des enfants turbulents et le gémissement d’un mendiant. Les rares conversations interceptées me permettent d’être au courant des dernières actualités ou du dernier potin inutile. Rien qui puisse satisfaire ma soif de découvertes. Au contraire, les abominations commises quotidiennement ou les stupides ragots me donnent envie de changer d’air.
Je préfère arrêter le temps. M’assoir sur un banc et comprendre la foule. Analyser le comportement des passants. Pourquoi celui-ci porte t’il un manteau vert et des chaussures grises ? Pourquoi cet homme en costume tient un parapluie multicolore alors qu’il a cessé de pleuvoir depuis près de cinq minutes ? Et qu’est t’il arrivé à cette personne pour qu’elle souffre de ce handicap ? Des questions, je m’en pose assez souvent. La frustration de ne pas avoir de réponses est voilée par l’arrivée d’autres interrogations. Ce chien est t’il à quelqu’un ? Que peux bien attendre cette personne âgée ? Comment se fait-il que cette demoiselle, assise sur le banc d’en face, semble avoir le regard vide et les yeux brillants ?…
Mes yeux se posent sur elle, attendant d’en apprendre davantage. Elle sort un mouchoir en papier de son sac à main pour essuyer ce qui semble être des larmes chaudes. En relevant la tête, son regard se dirige vers moi. Je me sens démasqué, intimidé. Mon seul réflexe est de faire mine de regarder ailleurs puis de saisir mon téléphone. Aucuns messages, pas d’appels en absence mais pourtant, je tapote sur les touches nerveusement sans but précis. Les rôles se sont inversés et je n’avais pas envisagé une seule seconde d’être observé à mon tour. Furtivement je relève la tête mais elle a disparue…
* Fin du prologue *
